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Doctor Strange ou comment j’ai appris la sorcellerie et à aimer Lovecraft

Doctor Strange ou comment j’ai appris la sorcellerie et à aimer Lovecraft
Glou
  • On 12 décembre 2016

Il n’y a jamais eu autant d’adaptations de comics qu’en l’an de grâce 2016. Jamais. Pas toutes bonnes, me diriez-vous ? C’est certain. Il est cependant rare de constater autant d’unanimité concernant la popularité d’un film. Mais pourquoi donc ? Grâce aux visuels impressionnants ? Grâce à l’impressionnante stratégie de marketing de Marvel Studios ? Le réalisateur qui est un fan hardcore du personnage ? La présence de trois nommés (et non pas nominés) aux Oscars ? La présence de deux gagnants aux Oscars ? Le fan-club de Benedict Cumberbatch dont le fanatisme frôle l’intensité d’un végétalien qui ouvre son sac McDo chez lui pour y découvrir un Royal Bacon ? En tout cas, en France, ce n’est pas dû à la popularité du personnage principal car très peu de parutions de ses différentes séries ont été traduites. Doctor Strange n’est pas le personnage le plus populaire ni le plus vendu mais tout comme Conan (de Robert E. Howard) il séduit une niche. Commentaire du résultat de son ascension cinématographique et cours accéléré sur le personnage de comics.

On commence par les perles médiatiques.

REVUE DE PRESSE

Les Inrockuptibles nous parlent de « mages ninjas » (il n’y en a pas) et couinent parce que « l’Ogre Marvel qui, après avoir gloutonné toute la marmite à histoires, racle le fond de son imaginaire pour n’en tirer que des miettes de niaiseries et des bibelots d’un autre âge ». Personne ne racle le fond. C’est pas comme si Doctor Strange était un des premiers super héros de Marvel (1963). En même temps, c’est le magazine qui a hurlé au génie pour La Vie d’Adèle.

Libération vomit son mépris moralisateur et se vautre en beauté niveau intox médiatiques : « Steve Ditko, dessinateur de génie de Marvel qui a créé le personnage de Doctor Strange en 1963, pour le plus grand plaisir des amateurs de paradis artificiels… Avant de quitter Marvel pour toujours. » FAUX. Ditko est revenu bosser pour Marvel à maintes reprises (Captain Universe, Micronauts, Rom, Speedball pour ne citer que quelques exemples) et « Le magicien voyageur temporel n’échappe pas à la platitude des films des studios Marvel ». FAUX. Strange ne voyage pas dans le temps, il peut le faire mais c’est un sorcier.

Critikat découvre le journalisme et donne l’intox « Après un incipit volontairement ambigu sur sa temporalité, où des sortes de moines assassins se battent à coup de pouvoirs magiques dans ce qui ressemble à un temple ancestral, un portail (numérique) finit par s’ouvrir, ramenant les personnages à notre époque. Fin de la bagarre, Stephen Strange, chirurgien de génie, vit à toute allure ». FAUX. Il n’y a AUCUN changement d’époque, simplement un changement de lieu. Reproche le cliché du lieu exotique d’apprentissage qui leur rappelle Batman Begins et Elektra qui datent de plusieurs décennies après les origines du personnage en 1963. « C’est que le studio, pour vaincre le pompeux risible, n’a pas hésité à cautionner le kitsch, l’autodérision et l’auto-référencement (dont le récent Deadpool est l’ultime illustration). » FAUX. Deadpool n’est pas issu des studios Marvel mais de ceux de 20th Century Fox.

Le Monde parle de « Mandrake new age ». FAUX. Une fois de plus: 1963.

LE FILM

Les québécois ont une longueur d’avance pour une fois et ils nomment leur version « Docteur Strange » contrairement aux génies du marketing de Disney France qui ont préféré garder « Doctor » comme nom. Tout comme « Avengers » au lieu de « Vengeurs ». Après tout, c’est pas comme si ça signifiait quelque chose en français. Trop dur à traduire ?

Après de nombreux départs remontant jusqu’en 1986 avec un scénario de Bob Gale (1941, Retour vers le futur), la concrétisation d’une adaptation cinématographique live action de Docteur Strange devient réalité. Il faut savoir que le projet a rebondi depuis  de studio en studio : Regency (propriété de Warner ce qui posait problème), Columbia, Dimension, Miramax, Paramount…  Et de main en main dont Wes Craven et David Goyer. Ce dernier est même revenu à la charge deux fois, le salopard. C’était pas suffisant d’avoir gâché Blade ET Batman. On a donc évité le pire. Sans parler du casting car Patrick Dempsey (Grey’s Anatomy) faisait du lobbying pour avoir le rôle. Puisque Meredith Grey (Ellen Pompeo) elle-même jouait le rôle de Karen Page dans le film Daredevil en 2003, ça semblait réalisable et on serait passé de Docteur Mamour à Docteur Magie. Maintenant que j’ai vomi copieusement à la pensée de cette image révoltante, continuons.

Scott Derrickson réalisateur connu essentiellement pour ses films d’horreur (Hellraiser 5 : Inferno, L’Exorcisme d’Emily Rose, Sinister, Délivre-nous du mal, Sinister 2 et bientôt le remake du film belge Two Eyes Staring avec Charlize Theron), postule à Marvel Studios en tant que réalisateur pour le projet en leur livrant une présentation d’une heure et demi. Celle-ci contient une histoire de douze pages qu’il a écrit (inspiré par la mini-série The Oath avec Strange qui affronte un ennemi sur le plan astral) ,  fait storyboarder par des professionnels, des concepts visuels, des animatiques et au-delà de tout il prouve qu’il veut le boulot plus que qui que ce soit puisqu’il a, selon ses propres dires, dépensé une assez grosse somme d’argent pour financer la présentation. Pari réussi. Non seulement il est embauché mais en plus le studio lui rachète la séquence et l’intègre dans le film (ça se retrouvera probablement sur les bonus du Bluray). Mais le coup de chance final est le fait d’avoir réussi à sécuriser Benedict Cumberbatch pour le rôle titre malgré l’indisponibilité de l’acteur rendu célèbre par le Sherlock de la BBC (qui quoi qu’on en dise écrase la version Downey Jr. en termes de qualité) et le studio décide de s’organiser autour de l’acteur. Le résultat est un succès aussi bien au box-office que vis-à-vis des critiques.

 

Personnages

DOCTOR STRANGE

Pourquoi on l’aime dans les comics ?

Qu’on le veuille ou pas, à un moment où un autre, on croise le Docteur Strange. C’est un des personnages qui est incontournable dans l’univers Marvel. Il a toujours la classe, donne une crédibilité à n’importe quelle équipe et est un des héros les plus puissants de Marvel tout en restant « sobre ». ET il a la particularité d’être un superhéros qui a eu ses pouvoirs en étudiant et en s’entraînant. Très moral tout ça…

 Pourquoi on l’aime dans le film ?

Benedict Cumberbatch. L’acteur amène sa capacité à être un trouduc mégalo charmant qui colle étonnamment au rôle. Ajoutons à cela la période d’adaptation du Strange cinématographique à l’idée même de la magie et de son apprentissage, ce qui va à l’encontre de son esprit cartésien, ainsi que sa capacité à sembler être dépassé par les événements mais s’en sortir quand même.

 

L’ANCIEN

Pourquoi on l’aime dans les comics ?

Il est le stéréotype daté du mystère de l’Orient : un vieil asiatique mystérieux et cryptique qui incarne la sagesse avec un côté paternel (il n’arrête pas de dire « mon fils » en s’adressant à Strange. D’ailleurs, l’Ancien, Strange et son larbin Wong étaient tous asiatiques dans Strange Tales #110. Ça correspond à toute une époque où les jaunes sont les gardiens de secrets cachés : ils font des arts martiaux, méditent et réussissent le riz gluant. Pensez Dalai Lama qui suinte la puissance par tous les pores tout en restant stoïque.

Pourquoi on l’aime dans le film ?

C’est Tilda Swinton. Sans exagération aucune, cette femme peut TOUT jouer. Le ton est juste, remis au goût du jour, mais juste. Mon regret est que cette anglaise (Oscar de la Meilleure Actrice pour Michael Clayton) ne reste pas suffisamment longtemps à l’écran. Elle avait déjà été Gabriel dans Constantine. Étant un fan hardcore de comics, je n’aime pas du tout qu’on puisse changer le sexe ou l’ethnie d’un personnage et j’ai haussé les sourcils lors de l’annonce de son casting mais le visionnage du film m’a calmé car ça passe plus que bien. Maintenant quant à la polémique de « blanchissement » par Hollywood selon les bonnes gens qui transpirent le politiquement correct, je dénonce une hypocrisie complète et totale. Étant semi-asiatique, je ne suis pas indifférent à la problématique causée par ce genre de changement mais je n’adhère pas à une idéologie qui se contente d’aller dans un seul sens.

Derrickson détaille son choix en expliquant qu’il voulait en faire une vieille femme mais que ça résulterait en un autre type de stéréotype de « Femme Dragon » dont les magazines pulp pullulaient  et a opté pour rajeunir le personnage, ce qui donnerait un fantasme de jeune fille asiatique. Donc sa décision fut d’en faire une Celte, histoire de s’éloigner complètement du modèle de base. Et quand le scénariste Christopher Robert Cargill justifie le tout en clamant que c’est parce le personnage de la bd est « un stéréotype raciste » qu’il a été changé, je hurle au bullshit. Surtout quand on sait que les véritables raisons de ce changement sont d’ordre politique. Les raisons sont citées plus bas car elles sont un peu longues.

 

MORDO

Pourquoi on l’aime dans les comics ?

Le Baron Karl Mordo est un véritable méchant. Il est aussi un puissant sorcier, élève de l’Ancien mais est à la solde de Dormammu. Il a son propre château en Transylvanie, rappelle à Dracula que son territoire est chasse gardée et le vampire obéit. Le brave homme a juré de terrasser Stephen Strange qui a osé se rallier à l’Ancien.

Pourquoi on l’aime dans le film ?

Chiwetel Eijofor n’incarne pas le traitre de l’Europe de l’Est des comics. Il joue un Mordo, contrairement à sa version papier, sincère et adepte de l’enseignement de l’Ancien. Et le changement qui s’opère en lui durant le film est interprété avec brio par cet acteur anglais (Oscar du Meilleur Acteur pour Twelve Years a Slave). Si les gens ont hurlé pour le changement d’ethnie de l’Ancien, très peu se sont prononcés sur celui de Mordo, comparativement. Pourtant ce dernier se retrouve dans le même cas. Bref. Eijofor est également remarquable dans son rôle, ce qui a apaisé mes appréhensions. Tout comme pour l’Ancien.

 

KAECILIUS

 

Pourquoi on l’aime dans les comics ?

On ne l’aime pas. On s’en fout un peu, en fait. C’est un sbire de Mordo. Bon, ok, c’est le chef des sbires de Mordo. Il est là pour occasionnellement tenter de nuire au Docteur et son unique particularité a été d’avoir son esprit lu par Strange, apprenant ainsi que Dormammu était la source des pouvoirs de Mordo.

Pourquoi on l’aime dans le film ?

Mads Mikkelsen. Un peu de respect. Le Chiffre dans Casino Royale, Rochefort dans Les Trois Mousquetaires, Hannibal dans la série télé éponyme, le danois Mikkelsen maitrise les rôles de méchants même s’il excelle également dans bien d’autres. Le Kaecilius aux yeux reptiliens du film estime être motivé par une cause légitime justifiant ses agissements impitoyables. Et ses échanges avec le Docteur basculent en dialogues humoristiques malgré le sérieux homicidaire de la situation.

 

WONG

Pourquoi on l’aime dans les comics ?

C’est Wong. Tout comme Alfred est indispensable pour Batman, il en va de même pour cet homme qui a juré de veiller sur Stephen Strange tout comme son père, Hamir, le fait pour l’Ancien. Bien entendu, une vague de blancs bienpensants nous bassineront avec l’horrible stéréotype colonialiste du larbin asiatique qui fait du kung-fu. Seulement, Strange était asiatique lui aussi pendant quelques numéros. Voir la section dédiée aux comics.

 Pourquoi on l’aime dans le film ?

Déjà, Wong est joué par Benedict Wong, ne serait-ce que pour le fun de la coïncidence du nom. Le bien plus âgé Wong du film sourit une fois toutes les années bissextiles et fait comprendre qu’il ne faut pas emmerder ce gardien des textes du temple de l’Ancien. Et le manchot Hamir n’est donc pas son père.

 

CHRISTINE PALMER

Pourquoi on l’aime dans les comics ?

C’est la Night Nurse qu’on a vu dans la mini-série The Oath et New Avengers. Elle gère une sorte de dispensaire pour héros costumés de New-York, qu’elle rafistole quand ils sont bien amochés. Elle véhicule le cliché du docteur qui se tape son infirmière. Mais en fait pas vraiment car il s’agit d’une autre Night Nurse du nom de Linda Carter. Christine Palmer est en fait la première Night Nurse qui hormis avoir eu ses propres aventures dans Night Nurse en 1961 mais a croisé depuis Nightcrawler (Diablo en VF) et est apparu dans New Avengers #57. Il s’agit donc d’une synthèse de plusieurs personnages. Une autre incarnation de la Night Nurse est interprétée par Rosario Dawson dans les séries Netflix Daredevil, Jessica Jones et Cage.

Pourquoi on l’aime dans le film ?

Rachel McAdams campe une version upgradée de la version comics : elle a fait médecine et est chirurgienne au service d’urgences de l’hôpital où travaille Stephen Strange, son ex. Elle reste à ses côtés quand il se remettra de son accident, supportant les sauts d’humeur du chirurgien déchu. Elle est l’intérêt romantique du film mais avec BAC + 12. Ceci étant dit, Palmer a 15 mn à l’écran en tout.

 

En tant que film indépendamment de la BD

Marvel Studios a bien joué son coup et a concocté une entrée fracassante pour le Docteur Strange dans l’univers cinématographique Marvel. Déjà, c’était intelligent de mentionner Doctor Strange dans Captain America : Winter Soldier par l’agent Sitwell qui le mentionne comme menace potentielle à Hydra à Captain America.

Concernant le blanchissement du mentor. L’Ancien non seulement habite le Tibet mais est aussi un autochtone. Cela aurait voulu dire que Marvel Studios reconnaissait l’existence du Tibet et donc, aux yeux du gouvernement chinois, cela aurait été une prise de position politique à leur encontre. Ce qui revenait à prendre la décision de tirer un trait sur ce pays qui est une énorme part du marché international. Brad Pitt a ENCORE du mal à placer ses films là-bas parce qu’il était dans 7 ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud il y a presque vingt ans. Et même avec approbation de la Chine, faire de sérieux bénéfices avec un film est difficile dans le pays en question. Normal puisqu’un film étranger, limités  à trente-quatre films par an et qui doivent être approuvés par le Parti, ne peut récupérer que 25% des ventes du box-office en Chine. Mais dans le cadre d’une coproduction, ce même studio peut récupérer presque 50%. Mais cela signifie qu’il faut tourner une partie du film en Chine, avec des acteurs chinois, avoir des investisseurs chinois ou montrer un « aspect positif de la Chine ». Les tabous sont la remise en cause de l’autorité en place, l’homosexualité et tout ce qui pourrait heurter la sensibilité chinoise. Tout ceci en passant par la CFGC (compagnie d’état qui se place en tant que boîte de production au passage) qui a le monopole sur la distribution de films étrangers en Chine. Marvel Studios décide de jouer le jeu et change le personnage radicalement, obtempère avec toutes les règles de la CFGC (China Film Group Corporation), y compris d’écrire une fin se déroulant en Chine tournée sur place, et pousse jusqu’à donner dans le product placement : alors qu’il conduit une Lamborghini Huracàn LP610-4 qui coûte une petite fortune, Strange utilise un smartphone chinois, le Honor 8 (sous marque de Huawei) juste avant de se vautrer. Pour couronner le tout, le film a  son avant-première mondiale en Chine, le 13 octobre à Hong-Kong (presque un mois avant sa sortie aux USA). Doctor Strange rafle donc plus de cent dix millions de dollars dans le processus en République populaire de Chine.

Mais Marvel Studios est coutumier du fait. Une version chinoise d’Iron Man 3 avait des scènes complètement inutiles (avec Wang Xueqi et Fan Bingbing, cette dernière ayant joué le role de Blink dans X-Men Days Of Future Past) tournées spécialement pour la Chine avec du product placement et, pour calmer les censeurs chinois, Marvel les avait autorisé à donner leur avis pour le FILM TOUT ENTIER. Et ça a marché puisque le film est sorti en salles et a fait un carton. Et au passage c’est ÇA la véritable raison pour laquelle le Mandarin joué par Sir Ben Kingsley n’est pas un chinois (et accessoirement pas le Mandarin, non plus). Sans oublier Stark qui utilise un Vivo V3 (téléphone portable chinois tout cheap) dans Captain America : Civil War. Précisons que cette marque est exclusivement vendue en Chine. Avec des scores sur le territoire comme Iron Man 3 (121 millions de dollars au box-office chinois), Thor : The Dark World (55 millions de dollars au box-office chinois) Captain America : Winter Soldier (115 millions de dollars au box-office chinois), Guardians of The Galaxy (96 millions de dollars au box-office chinois), Avengers : Age of Ultron (240 millions de dollars au box-office chinois), Ant-Man (105 millions de dollars au box-office chinois) ou Captain America : Civil War (190 millions de dollars au box-office chinois)  on est loin de Transformers : Age of Extinction (320 millions de dollars au box-office chinois) mais Marvel y travaille d’arrache pied…

Je reconnais que de voir Scott Adkins apparaitre si brièvement me fait un peu mal au cul et me rappelle l’apparition du duo Ohba Kenji/Sonny Chiba (respectivement X-Or et le fondateur du Japan Action Club) dans Kill Bill qui font des sushis ou passent une épée à Uma Thurman au lieu de balancer des coups de pied retournés. Scandale. Ensuite, les incohérences sont nombreuses. Si le temps n’existe pas dans la Dimension Noire, comment Strange emprisonne-t-il Dormammu dans une boucle temporelle ? Le thérapiste de Jonathan Pangborn (joué par Banjamin Bratt) est le même que celui de Strange des années plus tard ? Strange conjure son sort interdit au moment PRÉCIS où le vilain pas beau attaque ? Si les sanctuaires sont si importants pourquoi est ce que celui de New-York est protégé par UN mec ? Vers la fin, pourquoi est-ce que seuls les trois clampins qui ont des dialogues combattent ? Qu’en est il des disciples de l’école de l’Ancien ? Ils sont en vacances ? Ou bien partis en sortie scolaire au Futuroscope ?

J’ai l’air de blaster ce film mais il n’en est rien. Visuellement, c’est quand même une claque monumentale sans compter que c’est l’un des rares films où la 3D est impressionnante et en vaut vraiment la peine. On tombe dans un mélange bien dosé d’Harry Potter (avec un Poudlard dans l’Himalaya), Matrix et Inception dont les séquences de villes modulables sont ici poussées à leur paroxysme. Mais en version simplifiée car le film souffre du syndrome de l’Élu tout comme Harry Potter et Neo ce qui est pénible à la longue. Mais il se rattrape amplement sur les visuels, le rythme et l’humour que chacun des acteurs maîtrise amplement à travers les différentes étapes du film. Ce film rappelle un peu un précédent succès Marvel et c’est bien normal.  Le directeur de la photographie Ben Davis, tout comme l’essentiel de l’équipe technique avait travaillé sur Guardians of the Galaxy et James Gunn est obligé d’embaucher des nouveaux pour la suite des aventures de la bande à Star-Lord. Gunn rend d’ailleurs à Derrickson le script bourré d’annotations et tourne la séquence cameo de Stan Lee  dans le bus où Lee est en train de lire Les portes de la perception par Aldus Huxley. Gunn en a tourné deux autres d’ailleurs. Il faut savoir que Lee, à quatre-vingt treize ans, en a tourné pour quatre films d’un coup dans la même journée : Doctor Strange, Guardians of the Galaxy II, Spider-Man : Homecoming et Thor : Ragnarok (certains disent que pour les deux films d’Avengers : Infinity War aussi). Pour finir, le détail que Cumberbatch joue Dormammu est une note de génie de la part de l’acteur, renforçant l’idée d’une puissance tellement incompréhensible qu’elle communique en s’exprimant via la voix de son interlocuteur.

 

En tant qu’adaptation

C’est loin d’être la pire mais le comic book geek en moi est pris de spasmes incontrôlés face à certains détails. Commençons par le fait que Derrickson se présente en tant que fan du personnage et il est vrai que son passé de réalisateur de films d’horreur est idéal et le Docteur Strange allait pouvoir ouvrir la porte à quelque chose de plus sombre que ce à quoi Marvel nous avait habitué. Mais que dalle. Malgré une claire volonté de montrer des menaces inconnues et invisibles jusque là, l’aseptisation dont souffrent dans l’ensemble les longs métrages Marvel terrasse Doctor Strange. Pas assez mystérieux ni sinistre, absence totale d’éléments d’épouvante ou d’horreur au rendez-vous contrairement aux précédentes œuvres du réalisateur et il faut avouer que Sinister a bien plus de magie qu’un film consacré à celui qui l’incarne dans les bandes dessinées Marvel. Il y a plus de gravitas, de mystère et d’ésotérisme dans les quatre derniers films d’Harry Potter (et aussi Créatures Fantastiques) qui sont pourtant ciblés pour un jeune public, tout comme l’était Doctor Strange à ses débuts par Ditko et même plus tard.

Autre chose insupportable pour un fan de comics : la peur d’offenser tout un chacun et plus précisément les communautés religieuses. Les films de Thor nous avaient déjà fait tomber les dieux scandinaves de leur piédestal en en faisant des êtres extra-dimensionnels et en remplaçant le côté heroic fantasy divin par du Stargate bon marché avec des machines et des rayons qui font «Piooou ! Piooou ! ». Donc les dieux, c’est mal. Et la magie, c’est pas bien. Dur pour un film sur la magie. Qu’à cela ne tienne, on nous parle de science et on ancre cela dans une théorie du Multivers après avoir mentionné les mots « magie » et « sorcellerie » une fois. Strange n’invoque donc pas le Vishanti (Agamotto, Hoggothet Osthur), Cyttorak ni Watoomb mais il court beaucoup au milieu de décors kaléidoscopiques et se téléporte grâce à son double anneau. Car les magiciens du film ont besoin d’objets (sling ring en VO) pour se téléporter. On est LOIN des sorciers des publications Marvel où même un novice se téléporte en utilisant un simple sort.

Pour la défense de Cumberstrange, il est bleu et bosse durement sur son CAP de sorcier quand le vilain bonhomme aux yeux de serpent vient le contrarier en essayant de le tuer. Heureusement, il y a la Cape de Lévitation (que Mordo et l’Ancien mentionnent comme s’il n’y en avait qu’une au monde) qui vient sauver Strange à plusieurs reprises du méchant danois en mode Voldemort. Certes, c’était marrant mais je me suis retenu de vomir tellement c’était mignon. Et certains s’en défendront en clamant « c’était dans The Oath ! ». Super. On bazarde cinquante trois ans de continuité parce qu’UN scénariste a décidé d’implanter le principe du tapis d’Aladdin de Disney. Et aussi l’amulette,L’Œil d’Agamotto (qui est maintenant le premier sorcier du monde), contient une des Pierres d’Infinité et non pas Gemmes de l’Infini. *sanglots* Mais revenons sur le sorcier bleubite. Contrairement aux comics où il reste des années à faire le zouave au Tibet quasiment tout seul avec le vieux Sorcier Suprême avant de revenir pété de pouvoirs en occident pour exercer ce qu’il a appris, dans le film il débarque chez les tchongs (j’ai le droit, j’en suis) en n’y connaissant rien, en ne s’entraînant pas très longtemps, en couinant car il veut simplement réparer ses mains et lâcher l’apprentissage mais c’est LUI qui triomphe de Kaecilius ET Dormammu ? Vraiment ? Admettons… En ce qui concerne les ethnies, j’ai déjà développé mon point de vue : je n’aime pas qu’on modifie en général mais le résultat ici est très satisfaisant.

C’est également truffé de références aux comics. On entend Pink Floyd qui interprète « Interstellar Overdrive » tiré de leur premier album « The Piper at the Gates of Dawn » datant de 1967 avant que Strange ne se vautre en caisse, en hommage au groupe qui non seulement a cité le bon Docteur dans une de ses chansons mais le met aussi sur l’une de ses pochettes. L’homme défendant le sanctuaire de New-York (tout seul, j’insiste) n’est autre que Daniel Drumm frère de Jericho Drumm alias Brother Voodoo, futur Sorcier Suprême. Dans le sanctuaire, Strange empoigne le Mauvais Œil d’Avalon et Mordo utilise le Sceptre de Watoomb. Kaecilius et ses sbires se transforment en Mindless Ones (Incérébrés en VF) en étant happés dans la Dimension Noire. Et il y en a plein d’autres.

En résumé : c’est peut-être pas un copié-collé de la bd mais il y a un réel effort qui doit être reconnu pour ce film de divertissement pop-corn qui vaut le détour grâce son visuel, son humour et ses personnages attachants par leurs défauts finalement très humains.

Ceci étant dit, ce n’est pas la première adaptation live du personnage…

1978 Dr. Strange

Le téléfilm/pilote Dr. Strange est un échec incompréhensible. Tout le monde y croyait. Bien sûr, avec le recul actuel c’est tout kitsch mais à l’époque c’était de la bombe pure. Comme toute série, il faut d’abord produire un pilote (qui souvent termine en Europe dans les salles de cinéma) attirant suffisamment de téléspectateurs avant d’avoir le feu vert pour une saison complète qu’Universal Television produit tout comme il l’avait fait pour The Incredible Hulk. Nous parlons d’une époque où CBS avait investi dans deux séries télévisées basées sur des comics : The Incredible Hulk et Wonder Woman. Donc des adaptations de Marvel ET DC qui font de l’audimat. Sans compter Shazam! deux ans auparavant et The Amazing Spider-Man qui fut la première série live de comics adaptée de parutions Marvel. Cette dernière débuta en en avril 1977 et dura deux saisons dont le pilote et la première saison eurent un grand succès. Peter Hooten est embauché pour le rôle titre (qui n’est pas chirurgien mais psychiatre) et Jessica Walter pour la fée Morgane. CBS a donc toutes les raisons de croire qu’ils tiennent un futur succès. Il n’en n’est rien. Malgré la supervision d’un maestro de la télé, Philip DeGuere (Simon & Simon, JAG), et la crédibilité amenée par l’Oscarisé John Mills en tant que l’Ancien, le téléfilm se retrouva le 6 septembre 1978 sur la même tranche horaire que Roots qui était diffusé sur une chaîne concurrente. L’audimat de Dr. Strange fut un échec et la série ne vit jamais le jour alors que Roots entra dans la légende. Suivirent Captain America et Captain America : Death Too Soon diffusés en 1979 avec un d’audimat catastrophique.

1992 Doctor Mordrid

Sorti en 1992, Doctor Mordrid était à la base une adaptation officielle de Doctor Strange. Le film à petit budget est co-réalisé et coproduit par Charles Band qui détenait les droits cinématographiques avant même que la production ne commence mais les droits s’arrêtèrent avant de pouvoir finir le long-métrage. Band changea le nom et fit modifier les éléments du scénario pour s’éloigner de l’œuvre de base. Jack Kirby lui-même contribua aux dessins de production au début du projet. Jeffrey Combs connu pour son rôle récurent dans Star Trek Deep Space 9 mais surtout le rôle titre dans Re-Animator (basé sur « Herbert West, réanimateur » de H. P. Lovecraft), tient le rôle du Docteur Anton Mordrid.

POP CULTURE

Le Doctor Strange apparaît dans la contre culture assez rapidement après son apparition en 1963.

  • Le 16 octobre 1965 (soit deux ans après la création du personnage), le hall de concert Family Dog à San Francisco présente « A Tribute to Dr. Strange » avec, entre autres, Jefferson Airplane et The Great Society.
  • Il est mentionné avec les Quatre Fantastiques dans la chanson « Superbird » sur l’album de Country Joe and the Fish « Electric Music for the Mind and Body »en janvier 1967.
  • Pink Floyd le mentionne dans « Cymbaline » sur l’album « More » en juin 1969.
  • Il est sur la pochette de l’album de Pink Floyd « A Saucerful of Secrets » en juin 1968.
  • Une de ses BD apparait dans le film Sympathy for the Devil pour(One Plus One en VF) de Jean-Luc Godard en 1968.
  • Il apparait dans le livre de Tom Wolfe The Electric Kool-Aid Acid Test chroniquant les aventures sous influence de Ken Kesey quand ce dernier lit une BD et est « absorbé par les ombres violettes faites par Steve Ditko du Dr. Strange ». Roy Thomas lui renvoie l’ascenseur en faisant apparaitre Wolfe dans Doctor Strange #180 en 1969.
  • T-Rex chante en septembre 1971 « On a mountain range, I’m Doctor Strange for you » durant son titre « Mambo Sun » de l’album « Electric Warrior ».
  • Il est sur la pochette des albums d’Al Stewart « Past Present and Future » et « Modern Times » (le passage se referme) en 1973 et 1975 respectivement.
  • Eric Roberts incarne un dessinateur du comic book Doctor Strange dans The Ambulance en 1990 (dessins en fait de Steve Leialoha) avec cameo de Stan lee, bien entendu.

Et maintenant, on n’est pas là pour discuter de la Bourse ni de Ribéry. Parlons comics.

COMICS

Tout d’abord il faut savoir qu’il n’est pas le premier à avoir porté ce nom. En février 1940 deux personnages de comics apparaissent. Premièrement, le sinistre Professeur Hugo Strange (puis renommé « Docteur » chez DC comics dans Detective Comics #36) affronte Batman des décennies avant de revenir le persécuter dans Akham City pour le plus grand bonheur de tous. Deuxièmement, le Dr. Strange (populairement raccourci en « Doc Strange ») qui apparaît dans Thrilling Comics #1 n’est autre qu’une sorte de clone de Doc Savage qui porte un t-shirt rouge avec des pouvoirs suite à son ingurgitation d’Alosun, un sérum à base d’atomes solaires distillés, qui lui confère une force surhumaine, une quasi-invulnérabilité et une rapidité hors du commun. Je n’invente rien, je vous jure. Le personnage reviendra en 2000 dans les pages de Tom Strong #11 en tant que Tom Strange (de son nom complet Thomas Hugo Strange) grâce aux talents combinés d’Alan Moore et de Chris Sprouse. D’ailleurs en étant honnête, Tom Strong en est plus qu’un peu inspiré sauf qu’il a bouffé une racine de goloka qui lui confère une force surhumaine, une quasi-invulnérabilité et une rapidité hors du commun. Le tout en portant un t-shirt rouge (clairement totalement diffèrent). Finalement en 1963 dans Tales Of Suspense #41 (par Stan Lee, Robert Bernstein et Jack Kirby), Iron Man affronte Dr.Strange (Carlo Strange), un savant fou.

Si la menace du péril jaune est instaurée depuis des décennies via Fu-Manchu ou autre Ming dans Flash Gordon (Guy l’Éclair en VF), paradoxalement l’orient regorge de mystères exotiques aux yeux de tous et même le yoga à une consonance quasi-magique new-age. Bref entre Doctor Fate (dessiné par Howard Sherman et scénarisé par Gardner Fox plus de vingt ans avant qu’il n’écrive pour Doctor Strange) et The Spectre (Jerry Siegel et Joe Shuster, même équipe que Superman) chez DC Comics, sans même parler de Chandu The Magician ou The Shadow sur les écrans et avant ça à la radio ainsi que dans les magazines Pulp, la notion de mysticisme oriental est plus que répandue aux États-Unis d’Amérique à cette période. Ensuite, comme bien d’autres héros de chez Marvel dans les années soixante, il n’est pas apparu tel qu’on le connaît maintenant mais son cas est particulier.

Il y a eu Doctor Droom avant. Non ce n’est pas une faute de frappe. Droom et non pas Doom. Dans Amazing Adventures #1 en 1961, un docteur en médecine du nom de Anthony Ludgate Droom part pour le Tibet où il commencera un apprentissage mystique sous la tutelle d’un vieillard asiatique âgé de plusieurs siècles avant de revenir aux Etats-Unis en tant qu’expert de l’occulte. Mais pas avant d’être transformé en asiatique. Il semblerait que son vieux maitre ait voulu donner dans le stéréotype ethnique et donc « Abracadabra ! » : sa peau devient jaune, ses yeux bridés et il lui pousse subitement une moustache à la Charlie Chan (ou Fu Manchu sans la barbichette). Bien que seul soit crédité Jack Kirby, on ignore vraiment qui a écrit le récit. On cite Stan Lee ou Larry Lieber ou même le King lui-même. Officiellement, on retiendra cette équipe créative : Stan Lee au scénario, Jack Kirby aux crayonnés et Steve Ditko à l’encrage. Doctor Droom disparaît au bout de quelques numéros avant de revenir une dizaine d’années plus tard sous forme de réédition mais pas avant avoir changé de nom puisqu’entretemps, un tyran d’Europe de l’Est habillé en vert et avec une armure du nom de Doctor Doom est devenu populaire. La consonance pose problème. « Rebracadabra ! » notre Droom est renommé Druid dans Weird Wonder Tales #19 en 1976 et son costar passe du gris au rouge. Il est intégré par la suite dans la continuité Marvel en 1977 dans Incredible Hulk # 210 et ses pouvoirs deviennent moins « jaunes » et plus celtes (druide oblige). Encore une dizaine d’années après, Doctor Druid devient officiellement membre des Vengeurs. Mais revenons au début des années soixante.

Deux ans plus tard, et un an après la parution de son succès qu’est Spider-Man, Steve Ditko présente à Stan Lee une histoire en cinq pages qu’il a imaginée et dessinée. Il s’agit d’un homme tourmenté par des cauchemars récurrents qui va supplier l’aide d’un docteur dont l’expertise est la magie noire. Ainsi commencent les aventures de Dr. Strange, Maître de la Magie Noire !

Attention : dans la première histoire de cette version-ci le docteur en question est DÉJÀ asiatique ! Ou tout du moins il l’est à cette première apparition de cinq pages où Ditko l’a dessiné en caricature ethnique dont les yeux sont tellement bridés qu’on dirait deux fentes qui ne laissent même pas apparaitre ne serait-ce que la pupille. Mais quelques épisodes plus loin Stan Lee brise la tradition de l’asiatique mystique et nous raconte explicitement que le personnage est bel et bien un caucasien américain dans une histoire de huit pages retraçant ses origines qui n’avaient pas été contées jusque là. Le scénariste, arrivant en cours de route, admet avoir voulu ramener un sorcier pour se rajouter à la continuité et il a vu l’opportunité de mélanger Droom au personnage de Ditko en reforgeant les mêmes origines.

C’est l’histoire d’un docteur en médecine qui part pour le Tibet où il commencera un apprentissage mystique sous la tutelle d’un vieillard asiatique âgé de plusieurs siècles avant de revenir aux Etats-Unis en tant qu’expert de l’occulte. Ça vous rappelle quelque chose ? Non, bien entendu car c’est clairement totalement diffèrent, voyons… Ben en fait, c’est non seulement l’origine de Droom, de Strange mais AUSSI de Doctor Doom (le gentil monsieur d’Europe de l’Est). Sauf qu’il n’est pas toubib, bien que docteur, et qu’en plus il repart avec une armure.

D’ailleurs ce thème de faire son baluchon et de se barrer de notre société occidentale pour trouver en orient la spiritualité/voie/réponse occulte/ouvrir un Nature & Découverte/une gamme d’huiles essentielles et produits homéopathiques disponibles pour un prix tout à fait raisonnable (sans compter les frais de ports) est plus que récurent et est dû à la légende d’un homme : Aleister Crowley. Ce richissime gourou anglais né à la fin du XIXe du véritable nom d’Edward Alexander Crowley (qui fut utilisé comme source d’inspiration pour Dr. Droom) partait souvent faire l’ascension du moindre pic local pour aussi bien accéder à des techniques de concentration qu’à l’expérience culturelle. Après avoir rejoint différentes sociétés secrètes, fondé sur propre culte, initié un grand nombre de rites sexuelles (parce que bon…), s’être rebaptisé (en plus d’Aleister) Frater Perdurabo, La Bête 666 ou Maître Therion, entendu des voix, reçu des textes de la part d’une divinité, etc., il devient une des plus grandes figures enblêmatique de l’occulte. Bref. C’est pas un cours d’ésotérisme mais, en gros, c’est Voldemort mais dans la vraie vie. Crowley arpentant les cimes en quête de réponses mystiques était un cliché de plus, tout comme être asiatique donnait instantanément accès une certaine sagesse. Pour Doom, contrairement à Droom/Druid et Strange, il faut rajouter l’influence de Marvel « Jack » Parsons. Ce dernier était un petit génie mégalomane qui est considéré comme un des plus grands pionniers de la propulsion spatiale. Il avait aussi la particularité de tremper dans l’occultisme et ses diverses jovialités : il a rejoint l’ordre de Thelema (inventé par Crowley), sa femme l’a plaqué pour L. Ron Hubbard (ces deux derniers l’ayant dépossédé de tous ses biens financiers) et en 1952 à l’âge de 37 ans il périt dans une explosion dans son laboratoire, où il tente soi-disant de créer un homuncule. Il est à noter que Parsons bénissait chaque fusée effectuant des essais en récitant l’Hymne à Pan d’Aleister Crowley. Donc voilà, Doctor Doom= Crowley alpiniste mystique + Parsons génie scientifique mégalo avec explosion. Hop !

Histoire de continuer avec l’auto-rip-off, le vieillard du Tibet de Druid se révélera n’être autre que l’Ancien qui avait prévu un élève de rechange si Strange foirait ses partiels de sorcellerie. Je n’invente toujours rien, je vous jure. Après tout, pourquoi pas ? Les Gardiens (les nains bleus de chez DC) ont bien eu d’abord Guy Gardner puis John Stewart pour remplacer Hal Jordan en tant que Green Lantern du secteur 2814. Chacun son truc.

Si 99% des gens sont étanches à la vision d’un créateur d’histoire (que ce soit BD, romans, audio-visuel ou même jeux), bien que divertis et parfois fans, seuls 1% sont réceptifs à quelque chose qui peut parfois changer le cours de la culture et par extension celui de la société.

Là où à l’heure actuelle les comics (ou même la SF, fantasy ou autre culture geek) est sous les projecteurs, des décennies en arrière des auteurs comme Phillip K. Dick ou H.P. Lovecraft pouvaient s’épanouir créativement parce qu’ils avaient juste assez de lectorat pour leur permettre de poursuivre leurs travaux mais suffisamment peu pour leur conférer un certain anonymat. Si l’histoire de Doctor Strange dans Strange Tales #110 est créditée Steve Ditko au dessin et Stan Lee au scénario, il n’en n’est rien. La faute incombe à Steve Ditko qui, en plus d’avoir été LE co-créateur de Spider-Man a repris la main en écrivant toutes les histoires à partir du #135, Stan Lee se contentant de rajouter les dialogues. Ce n’est pas inhabituel chez Marvel et la technique est depuis même connue sous le nom de « Marvel Method ». Mais encore avant ça, LE changement a commencé quand deux artistes de BD se sont retrouvés chercheurs d’emploi. Il s’agit de Jack Kirby et Steve Ditko. « Hérésie » me dites vous ? C’est hélas vrai. Au milieu des années cinquante, les deux auteurs rament pour trouver du boulot et ceci pour différentes raisons. L’homme qui sera surnommé le King, Jack Kirby, est considéré comme un has-been dont le style est vieillot et en plus il se prend la tête avec les éditeurs. Après avoir mis un terme à son partenariat avec Joe Simon, il travaille pour différentes maisons d’édition, collaborant avec une ribambelle de scénaristes mais ses points d’intérêt sont toujours les mêmes : O.V.N.I.s, êtres extras-dimensionnels, théorie des astronautes, échanges ou vols d’esprits, contact télépathique avec des êtres d’un autre monde, etc. Il essaye même d’incorporer ça dans Green Arrow (pas la merde innommable télévisuelle d’aujourd’hui, le strip BD d’époque) mais les éditeurs et rédacteurs très classiques de DC en ont marre de ses histoires bizarres, y compris celles qu’il arrive à placer dans House of Secrets.

Quant au bien plus jeune Steve Ditko, son trait est considéré comme trop bizarre, voire moche. C’est dans ces conditions que ces deux messieurs vont ouvrir la porte d’une maison d’édition de la dernière chance : Atlas/Marvel. Le patron et directeur de publication est encore Martin Goodman mais l’homme qui gère tout est Stan Lee. Lee n’est pas seulement le rédacteur en chef de Marvel, il en est également le seul scénariste, il paye des tarifs considérés comme les plus bas de New-York (normal, vu les ventes médiocres) mais il est marrant et il est assez facile à satisfaire. Rajoutons à cela qu’il partage son minuscule bureau au quatorzième étage dans l’Empire State building avec sa jolie et jeune secrétaire, Flo Steinberg, et les artistes ont une bonne raison d’y aller en cas de pénurie. Les deux hommes arrivant chez lui sont des machines à idées, inutile même de leur donner des prérogatives, ils regorgent d’histoires à exprimer. Stan Lee s’en rend compte très rapidement et décide de donner carte blanche à leur génie inventif, se contentant de quelques suggestions et modifications en plus des dialogues. Car si Kirby et Ditko suintent les concepts par tous les pores, Stan Lee est un maître du packaging, n’a pas son pareil pour vendre et, soyons bien clairs, aucun des deux artistes n’a atteindront le même succès commercial lorsqu’ils voleront de leurs propres ailes. Mais nous n’en sommes pas là. De 1957 à 1961, en plus des habituels récits western obligatoires de l’époque, l’éditeur croule sous une avalanche de récits de science-fiction et d’épouvante conçus par les deux artistes. Ensuite vient l’avènement du super-héros chez Marvel. Les personnages masqués ou en collants ne sont pas aussi « proprets » que leurs homologues de chez DC comics. Les jeunes s’identifient plus facilement avec la future famille dysfonctionnelle des Fantastic Four ou l’adolescent poissard d’Amazing Spider-Man plutôt que les boyscouts de chez DC qui leur semblent bien manichéens. Il est donc raisonnable d’apprendre que le lectorat hippie s’extasie sur leurs illustrés et est persuadé que tout le monde se défonce chez Marvel. Erreur. Ça viendra mais considérablement plus tard. Les deux hommes sont simplement « connectés » sur un courant de pensée différent. Une des explications de leur type de créativité, selon les dires des deux créateurs, c’est qu’ils se basent sur leurs réactions dues au stress et à l’anxiété de leur vie ainsi que pour ceux qui les entouraient. Les différentes réactions entre les deux hommes dénotent de différences intrinsèques chez eux qui allaient au-delà du vécu. Il est maintenant de notoriété publique que Jack Kirby traînait à une époque avec Frank Zappa (lequel a toujours clamé avec fierté qu’il ne prenait aucune substance pouvant l’influencer, illicite ou autres) mais l’obsession et la direction créative de Kirby faisait de lui (et Ditko sur une autre échelle) un personnage dont la passion transcendait les pages et atteignait un certain public. Même si plus jeune (et Kirby ayant clairement eu un impact sur lui), il en est de même pour Steve Ditko qui partageait un studio au coin de la 8e avenue et la 43e rue à Manhattan avec son meilleur ami Eric Stranton (et parfois collaborait avec lui). Ce dernier était un artiste spécialisé dans le fétichisme ainsi que dans le femdom et dont les travaux étaient considérés comme extrêmes pour l’époque.

1963 Strange Tales Volume I #110-111, 114-168

Donc tout commence en 1963 dans Strange Tales #110 et #111 puis continue du #114 jusqu’au #168. Dans le #115, Stephen Strange est révélé avoir été des années auparavant à la base un sale con imbu de sa personne en tant que chirurgien et n’ayant qu’un intérêt : l’argent. Tumeur quasi-inopérable mais pas d’argent ? Vous allez mourir. Mais il se payera une nouvelle Jaguar. Laquelle, manque de bol, termine très mal suite à un accident avec le bon docteur dedans et ce dernier avec les nerfs de ses mains endommagés à tout jamais, mettant ainsi un terme à sa carrière de chirurgien. Refusant par orgueil de travailler pour quelqu’un d’autre, il bascule en mode clodo où il entend deux marins sur les quais parler d’un certain Ancien qui serait capable de tout guérir. Strange débarque en Inde (si, si, j’ai bien écrit « Inde ») et trouve un vieillard mystique qui lui propose de le prendre en apprentissage. Strange lui fait comprendre qu’il peut se mettre son apprentissage bien profond là où le soleil ne brille pas et décide de quitter cet endroit néfaste avant de constater qu’une tempête de neige s’est abattue sur le repaire du vieux débris qui appelle son élève, un Européen de l’est du nom de Mordo, pour installer Strange dans une chambre en attendant que la météo se calme. S’emmerdant encore plus que s’il était à Évreux un dimanche après-midi, le médecin déchu arpente les couloirs et découvre l’horrible slave en train de s’acharner à coups de magie sur une miniature de l’Ancien. Ni une, ni deux, Strange va de ce pas tout révéler à l’ancêtre car il est hors de question que ce sinistre pseudo-soviétique (il est de l’Est, non ?) puisse continuer de sévir en toute impunité. Mais c’est de la fiction des années soixante, donc il informe le transfuge du rideau de fer qu’il va tout dire au grabataire oriental. Mordo balance donc des sorts invisibles à l’œil nu empêchant Strange de révéler quoi que ce soit à l’Ancien. Feinté mais intelligent, Strange court accepter l’offre du vieux pour apprendre les Arts Mystiques en vue de se libérer de ses liens et de sauver le vieux fossile. Surprise : l’Ancien est déjà au courant, libère Strange d’un mouvement et lui explique qu’il savait tout mais que mieux vaut garder Mordo près de lui, là où il pourra surveiller ses différents actes de malveillance. Stephen Strange devient donc Le nouvel élève de Tortue Gén… de l’Ancien et c’est comme ça qu’il devint expert en sciences occultes et un puissant sorcier. Quelques numéros plus tard, le sanctuaire de l’Ancien sera discrètement relocalisé au Tibet parce que les Asiatiques aux yeux bridés en Inde, ça fait désordre.

Durant ce run le Docteur partage le titre avec la Torche Humaine puis Nick Fury, Agent du S.H.I.E.L.D et Ditko coécrit ou est l’instigateur des histoires. Doctor Strange évolue et passe de pseudo-asiatique dans du récit d’épouvante rappelant des créations antérieures de Ditko à être basé physiquement sur Vincent Price (qu’on intègre en deuxième prénom) au sein d’un univers « Lovecraftien ». On fait référence dès ses origines au Vishanti (Agamotto, Hoggothet Osthur), Dans Strange Tales #118, on évolue dans le genre d’histoire propre à Ditko : un récit d’incursion inter-dimensionnelle se résultant en substitution de la population d’un petit village par des êtres venus de par-delà notre réalité. Si on y rajoute le contexte bavarois ainsi que sa connotation sociale, on obtient une critique assez acide de notre société et le tout passant comme une lettre à la poste parce que sous le couvert de science-fiction ou fantasy. Le même genre de mécanisme était employé pour The Twilight Zone (la Quatrième Dimension en VF) de Rod Sterling. Dans le #120, Strange pénètre les murs d’une maison hantée le temps de « The House of Shadows » pour finalement découvrir qu’elle est vivante et qu’elle vient d’un autre continuum espace-temps. La baraque réapparait seize ans plus tard en 1980 dans Rom #5 et le chevalier de l’espace est contacté via un rêve par notre bon Docteur qui révèle la véritable nature du bien immobilier douteux. Une fois de plus Ditko poursuit ses vieux démons créatifs car il est intéressant de noter qu’il reprendra plusieurs numéros plus tard la main sur Rom dont l’histoire est un cyborg extra-terrestre venu traquer et identifier puis bannir de notre dimension des êtres cachés parmi nous : les Spectres Noirs (des sortes de cousins de Skrulls mais enclins à la magie). La Maison  des Ombres reviendrait en 1992 pour cette fois-ci être confrontée au nouveau disciple de Strange : Rintrah. La magie rencontre la mythologie dans le #123 quand le Doc affronte Loki avec l’aide du dieu scandinave du tonnerre : Thor, entrant donc officiellement dans la continuité Marvel. Et ça n’arrive pas que dans son titre, puisqu’avant cela l’élève de l’Ancien prête main-forte aux trois membres masculins des Quatre Fantastiques dans Fantastic Four #27 en juin 1964 pour récupérer leur équipière Susan Storm, prise dans les griffes de Namor, toujours avec son slip en écailles vertes (sauf sur les couvertures, c’est une tradition) Par Stan « The Man » Lee et Jack « King » Kirby.  Dans Journey into Mystery #108 en septembre 1964, Thor récupère le Doc et le sauve en l’opérant sous la guise de son alter égo éclopé Don Blake. Le Doc lui renvoie l’ascenseur en l’aidant contre Loki bien que Strange soit confiné à un fauteuil roulant, toujours par Lee et Kirby. Le Maître des Arts Mystiques apparaît également dans Amazing Spider-Man Annual #2, rencontrant pour la première fois le tisseur de toiles pour affronter Xandu, en octobre 1965 dans une histoire avec des dialogues de l’incontournable Stan Lee mais écrite et scénarisée par Steve Ditko lui-même. Mais retournons à nos moutons…

Si le Docteur Strange enchaîne les histoires semblant être complètes au début, le fil rouge menant à son adversaire monte en crescendo car le Baron Mordo malgré les apparences n’est qu’un homme de main. Le teasing de Dormammu est fait sur de très nombreux numéros et contrairement à d’autres titres, il n’est pas le clown du mois. Le Doc voyage dans la Dimension Noire pour y affronter sa terrible Némésis et y rencontre non seulement son également redoutable sœur Umar mais aussi la belle Clea qui deviendra plus tard son apprentie et compagne (parce qu’il a beau être stoïque, elle est tout le temps en collant). Son mentor, l’Ancien, le très asiatique monsieur plus fripé qu’un pruneau qui sait tout, connaît tout et est tellement énigmatique, ainsi que Wong, son fidèle serviteur (asiatique lui aussi) sont les constantes de ces récits. Si le Doc commence avec une cape bleue et une amulette carrée (plus ou moins) nommée l’Amulette d’Agamotto, à la suite de son premier combat contre Dormammu dans Strange Tales #127, l’Ancien lui donne une nouvelle cape de lévitation ainsi qu’une amulette : l’Œil d’Agamotto, histoire de compléter avec l’Orbe d’Agamotto. On comprend donc assez rapidement qu’il y avait un gars qui s’appelait Agamotto et qu’il aimait collectionner les babioles. Mention de dieux sumériens, mythologies diverses et Stan Lee, inspiré par son expérience des créatures d’épouvante et de science-fiction avec ses collaborateurs (tels que Klaatu, Tim Boo Baa etc.) implante des noms fantastiques dignes de meubles Ikea : Agamotto, Osthur, Hoggoth, Watoomb, Cyttorak. Ditko suinte la création et écrit les synopsis à partir du #135. Bien avant les fresques de Jim Starlin et Thanos, Ditko explore le cosmique avec Eternity au #138, personnification de l’univers, et ceci également avant Galactus qui n’arrivera qu’en 1966.

Roy Thomas round 1 : il signe là son premier passage sur un titre du Dr. Strange et commence au #143 en plein milieu d’un arc d’histoire dessiné par Steve Ditko. Puis Ditko s’en va au #146, les noms de ceux qui lui succèdent ne sont pas des inconnus : Bill Everett (le créateur de Namor), Marie Severin puis Dan Adkins et même un fill-in par George Tuska avant sa consécration sur Iron Man ou Luke Cage ! Notons la première apparition d’un autre pilier du cosmique chez Marvel dans Strange Tales #157 : The Living Tribunal (Tribunal Vivant en VF).

En partant de chez Marvel (raisons toujours inconnue dont les théories ont été réfutées par Ditko lui-même), Ditko adopte la philosophie radicale connue sous le nom « d’Objectivisme » basée sur les doctrines d’Ayn Rand à laquelle adhèrent Frank Miller, Gene Roddenberry (créateur de Star Trek pour ceux qui débarquent) et Vince Vaughn. Dans Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons, les principaux intervenants devaient être des personnages de Charlton Comics et Rorschach était originellement le très réac The Question, lequel est une version édulcorée de Mr. A qui était encore plus radical et auto-publié par Ditko. Même dans des titres plus mainstream de DC, l’influence de sa nouvelle idéologie transparait alors qu’il modifie délibérément les histoires des scénaristes. L’affrontement avec le Tribunal Vivant dans le #158 par Thomas et Severin contient une splash page de cet affrontement entre lui et Strange qui sera utilisée par Pink Floyd qui placarde l’image sur la pochette de leur album « A Saucerful of Secrets » après avoir cité Doctor Strange dans « Cymbaline ».

Scénarisé par Denny O’Neil et dessiné par Dan Adkins, Strange tales s’arrête au #168 pour renaître.

1968 Doctor Strange Volume I Master of the Mystic Arts puis Dr. Strange #169-183

… Mais change de titre et devient Doctor Strange Master of the Mystic Arts en gardant sa précédente numérotation. C’est la consécration. On sort les cotillons et le Champomi car le Docteur Strange a un magazine rien qu’à lui ! Finie la colloc !

Dan Adkins assure la transition du #169 mais au #172 Gene Colan ramène la serie vers ses débuts en lui réinsufflant une atmosphère d’horreur qu’il personnalise. Il change l’aspect des dimensions que d’autres avaient calquées sur les conceptualisations de Ditko pour les rendre bien plus sombres.

Roy Thomas round 2 : Thomas écrit l’intégrale du titre avant de retenter sa chance sur le personnage dans la tumultueuse et très expérimentale fin des années 80. La première fois, il est béni de la présence de Gene Colan qui démontre qu’il peut TOUT faire : Daredevil, Tomb of Dracula, Howard the Duck, Guardians of the Galaxy, Iron Man, Captain America, etc. Thomas insuffle tout ce qui peut faire trembler : vampires, le mythe de H.P. Lovecraft (à peine déguisé), cultes sataniques, démons, dieux païens, loups garous, cauchemars, spectres. Le Docteur aussi est mieux défini et ancré dans une réalité. Il habite la ville de New-York, sur l’ile de Manhattan, dans le quartier de Greenwich Village, plus précisément au 177A Bleecker Street (aucun lien avec Baker Street ni Sherlock Holmes) puisqu’il s’agit de l’adresse de l’ancien appartement de Roy Thomas qu’il partageait avec Gary Friedrich. On continue de cimenter l’incorporation du Doc dans la continuité Marvel avec des guest stars : SpiderMan, Black Knight, Juggernaut. Cette période marque l’incorporation de Satan lui-même dans l’univers Marvel et ceci dans les pages d’un magazine estampillé du redoutable Comics Code. Colan redesign même le costume du docteur de façon plus « collants & masque » mais ça n’empêchera pas l’arrêt prématuré du titre, rebaptisé « Dr.Strange » tout court au #176, sept numéros plus tard au #183 en 1969.

Le Maître des Arts Mystiques manque de revenir après un projet avorté avec un retour au partage de titre avec Iceman (Iceberg en VF).

1971 Marvel Feature #1-3

Le Docteur Stephen Strange fonde The Defenders (les Défenseurs en VF et bientôt sur Netflix mais pas les mêmes) avec Hulk et Namor dans une aventure de dix-neuf pages signée Roy Thomas qui ne lâche pas l’affaire, Ross Andru qui deviendra un des artistes les plus prolifiques sur Amazing Spider-Man et encrée par l’ancien artiste du personnage : Bill Everett. MAIS ce n’est pas tout car pour le premier numéro, uniquement un back-up de dix pages, toujours par Thomas mais dessiné par Don Heck, se concentre sur une aventure solo de Strange qui affronte Mordo. Ça cartonne. Ce qui suit est donc logique.

1972 Defenders #1-152

The Defenders est validé et une série régulière commence d’emblée en 1972 par Steve Englehart à l’écriture, Sal Buscema au dessin et Frank Giacoia à l’encrage. L’histoire narre la menace dont les prémisses ont commencé dans Dr. Strange #183 et continué dans Sub-Mariner #22, #34-35 ainsi que The Incredible Hulk #126. Cette équipe dont les membres fondateurs clament haut et fort qu’ils ne sont PAS une équipe (et qui squattent la baraque de Strange) se verra rapidement rejointe par de nouvelles recrues qui deviendront l’âme de cette non-équipe : la Valkyrie Brunehilde, Nighthawk et Hellcat. Le Doc est un peu géré comme un héros costumé générique qui balance des rayons à tout va par Englehart qui ne saisit pas encore les subtilités du personnage mais cela changera quand il prendra les rênes des aventures solos de celui dont le Sanctum Sanctorum devient le QG des Defenders pour la quasi-totalité de la série.

Une fois la série arrêtée sous le nom de New Defenders en février 1986, les aventures des personnages du dernier numéro qui sont morts au combat continuèrent dans Strange Stales Volume II pendant quelques numéros sous le nom du Dragon Circle avant de réapparaitre dans un autre titre de Strange. Il est important de noter qu’il y eut de nombreuses mini-séries et pseudo-suites qui sont dans l’ensemble passablement oubliables. Celle qui est à éviter est Secret Defenders en 1993, qui est une sorte de Mission Impossible avec le Doc qui choisit différents « agents » pour chaque mission. Insupportable. Et ceci malgré la présence de Roy Thomas qui nous rappelle que c’est moche de vieillir. En revanche, la série de Terry Dodson est sympa.

1972 Marvel Premiere #3-14

Mais un mois avant The Defenders sort le troisième numéro du bimestriel Marvel Premiere avec Doctor Strange qui débute avec Stan Lee aux dialogues et Barry (futur Windsor) Smith à l’histoire et aux dessins. Ce dernier fait une pause de quelques numéros pendant que Gil Kane prend les rênes à sa place sur Conan the Barbarian (ironique puisque Kane a dessiné les deux premiers numéros de Marvel Premiere avec Adam Warlock) et, frais de son expérience avec le barbare le plus populaire du monde, se fait la main pendant deux numéros en tant qu’auteur d’une histoire qui est très fortement influencée par la plume de Howard ainsi que de sa synthèse par Roy Thomas. Il est important de noter que la mention « inclus des concepts créés par Robert E. Howard » est sur la page d’ouverture dès le deuxième volet des aventures du bon docteur dans les pages de Marvel Premiere (soit le #4), encré par Frank Brunner et dialogues d’Archie Goodwin. Smith donne donc le ton et introduit les divinités sortis de parutions Pulp dans la continuité Marvel. L’histoire de Smith emprunte énormément à la nouvelle « The Shadow over Innsmouth » de H.P. Lovecraft publiée en 1936 (Le Cauchemar d’Innsmouth en VF). On apprend ainsi qu’Agamotto fut le premier Sorcier Suprême pendant que Don Perlin s’attèle en tant que dessinateur du #5 et dessine pour la première fois Strange des années avant de le redessiner en 1980 dans les pages de The Defenders #82 jusqu’à la fin du titre au #152 (hormis l’occasionnel fill-in, bien entendu).

Gardner Fox (ex scribe sur Doctor Fate chez DC) prend le relais du #5 jusqu’au #8. Quant au dessin, Frank Brunner s’occupe du #6, Craig Russel (pas encore « P. Craig Russel ») fait son premier essai sur le perso au #7, Jim Starlin donne dans le psychédélique dans le #8 en mai 1973 (soit deux mois après le début de son Captain Marvel, prouvant ainsi que même un toxico peut sortir deux bouquins par mois) et s’inspire/adapte L’mur-Kathulos tiré de « The Whisperer in Darkness » (Celui qui chuchotait dans les ténèbres en VF) en août 1931 par H.P. Lovecraft. Mais du #9 au #14, bien avant les Swamp Thing d’Alan Moore, la métaphysique s’en mêle. Steve Englehart, qui avait déjà écrit le perso dans The Defenders, arrête de le traiter en superhéros qui tire des rayons de ses mains et, avec l’aide de Frank Brunner au dessin ainsi qu’Ernie Chua (pas encore Chan et futur artiste incontournable sur Conan) à l’encrage, décide d’explorer le côté occulte du personnage. Il invoque dans le #10 son Lovecraft intérieur en plaçant Shuma-Gorath (le Chthulhu à peine déguisé de Marvel étant déjà apparu dans les pages d’une nouvelle de Kull le Roi Atlante de Robert E. Howard qui s’était inspiré de Shub-Niggurath de H.P. Lovecraft pour le nom). Dans ce même numéro l’Ancien trouve la mort des mains de Strange après l’avoir manipulé et le Docteur Stephen Strange se retrouve donc affublé du titre de Sorcier Suprême, gardien de l’univers. Mais le #14 remporte le pompon quand Englehart et Brunner nous narre comment le Docteur contemple la création de l’univers quand un être mystique du nom de Sise-Neg (Genesis à l’envers) recréée l’univers Marvel. Dans un élan biblique il constitue un paradis pour les deux premiers humains sur Terre et les protège du serpentesque Shuma-Gorath puis provoque la destruction de Sodome et Gomorrhe. Stan Lee, craignant des représailles,  demande à l’équipe créative un retrait immédiat de l’histoire par n’importe quel moyen. Mais Englehart calme le jeu en publiant une lettre d’un pasteur texan qui couvre d’éloges la créativité du récit. La lettre était en fait écrite par Englehart lui-même et envoyée du Texas pour apporter un cachet de crédibilité.

Si les premières aventures du Docteur Strange ont permis à son créateur Steve Ditko de s’adonner à une très lucide obsession monomaniaque qu’il partage avec Kirby (concernant d’autres dimensions, d’autres mondes, des incursions dans le nôtre etc.) et d’explorer la bizarrerie, au début des années 70 Englehart l’a amené dans une toute autre direction avec des histoires conçues avec l’aide de LSD. Dans une interview publiée dans Comics: Between the Panels en 1988, Englehart confie « On faisait les quatre cents coups à travers New York. Il y a une nuit où on est sortis à plusieurs, y compris Jim Starlin. On avait fait la fête toute la journée, après on a repris de l’acide, ensuite on s’est baladés dans toute la ville jusqu’à l’aube et on a vu toutes sortes de choses ahurissantes. » Frank Brunner a donc marqué cette période psychédélique à mort.

Le Lien Lovecraft Howard Marvel

Si certains se demandent pourquoi deux noms qui reviennent souvent sont ceux de Lovecraft et Howard, il y a plusieurs raisons. Tout d’abord les deux sont liés car les deux auteurs avaient écrit dans le magazine pulp Weird Tales mais surtout Howard entretenait une correspondance avec Lovecraft et faisait même partie du « Lovecraft Circle » (gigantesque réseau de correspondance géré par Lovecraft lui-même visant à mettre des esprits similaires en contact) où il avait été baptisé du sobriquet de « Two-Gun Bob » suite à ses longs passages écrits sur l’historique du sud ouest des USA. Il contribua au Mythe de Cthulhu en écrivant plusieurs histoires mais en profita pour intégrer certains des « Anciens Dieux » dans ses propres univers en modifiant quelque peu leurs descriptions ou leurs noms. Sans oublier d’autres éléments tels que la contrée fictive de Valusia ainsi que ses hommes-serpents qui apparaissent dans les écrits de Lovecraft bien que créés par Howard. Ainsi quand Marvel récupéra les droits pour Conan (puis Kull, Red Sonja et Solomon Kane), leur intégration dans la continuité (à l’époque où il n’y en avait qu’une) put débuter aussitôt qu’un auteur en eut l’idée et ce fut le cas dès Barry Smith (sous l’influence de Roy Thomas peut-être ?). Et de là, chacun posa sa pierre à l’édifice en contribuant à un patchwork de panthéons composé de bouts de créations originales de Howard ou inspirées de son correspondant, de travaux originaux tels que le Darkhold (ni plus ni moins que le Necronomicon version Marvel), les êtres de dimensions alternatives de Ditko etc. Mais la base, camouflée ou pas, est l’amalgame des créations et influences de ces auteurs de l’avant-guerre. Ainsi Abdul Alhazred, qui dans le Mythe de Cthulhu de Lovecraft est le créateur du Necronomicon (ce dernier étant censé être basé sur le Darkhold dans la continuité Marvel), apparaît dans Tarzan #15 à l’époque où l’éditeur détient la licence du Seigneurs des Singes et des années plus tard affronte Wolverine dans les pages de Marvel Comics Presents #152-155. En n’oubliant pas que Mary-Jane Watson se retrouve possédée et se transforme en Red Sonja (Sonia la Rousse en VF) pour aider Spider-Man dans Marvel Team-Up #79 (dans Spécial Strange #32 en VF) par Chris Claremont et John Byrne (qui également contient un cameo de Clark Kent) !

Dans la littérature de Robert E. Howard, Shuma-gorath est mentionné pour la première fois dans « The Curse of the Golden Skull Kull » publié à titre posthume originellement dans The Howard Collector #9 en 1967 (disponible sous le titre « La Malédiction du Crâne d’Or » à l’heure actuelle dans le recueil « Kull Le Roi Atlante » aux éditions Bragelonne depuis 2010). Même si c’est officiellement une histoire de Kull, le roi de Vasulia n’y apparait pas et n’est que mentionné. La nouvelle est adaptée en bandes dessinées en tant qu’intro à une aventure de Conan dans son magazine éponyme en 1974 dans le #37 par Roy Thomas et dessiné par l’illustre Neal Adams, traduit dans L’Écho des Savanes Spécial USA #8 en 1978 et la même année sous le titre de « Les Maléfices du Crâne d’or » dans Conan le Barbare #7, collection Comics Pocket aux éditions Arédit/Artima en novembre 1978. Si on regarde de plus près dans la dernière case qui se concentre sur l’œil du sorcier Rotath, on y découvre le visage tiré de Kull The Destroyer #11 datant de novembre 1973 dessiné par Mike Ploog qui était le dessinateur de l’adaptation du roi barbare chez Marvel à ce moment là. C’est donc ce sorcier qui était le personnage principal de l’histoire originale qui mentionne le dit Shuma-Gorath qui finalement fera son arrivée dans l’univers Marvel non pas dans l’adaptation de sa première apparition littéraire mais dans une œuvre relatant les aventure du Docteur Strange. Et ceci via une histoire de Barry (Windsor) Smith qui introduit Lovecraft dans le monde de Strange. Mais ce n’est pas la première fois que Smith est lié à Lovecraft puisque quelques années auparavant il adapte « The Terrible Old Man » (Le Terrible Vieillard en VF) avec Roy Thomas aux commandes dans Tower of Shadows #3 en octobre 1969. Soit un an avant qu’il ne dessine Conan. L’histoire affiche que c’est un arrangement spécial avec Arkham House (la maison qui publie Lovecraft et Howard). Laquelle était en difficulté à la fin des années soixante mais voit ses ventes décuplées dès 1970, certainement suite aux publications Marvel. Et ceci sans même parler d’éléments Lovecraftiens qui ne sont jamais clairement mentionnés, comme la mini-série Realm of Kings avec les Gardiens de la Galaxie où des envahisseurs, doubles maléfiques des Vengeurs menés, viennent d’un autre univers nommé le Cancervers dans lequel les Anciens Dieux de Lovecraft ont conquis la mort puis la réalité toute entière. C’est plus ou moins subtil mais devient encore plus évident quand on prend en compte le fait que les Revengers, combattants de cette incursion dimensionnelle, jurent en disant « Fhtagn », mot faisant partie d’une phrase psalmodiée par les adorateurs de l’Ancien Dieu dans « L’Appel de Cthulhu ».

En bref : Conan et Doctor Strange sont liés puisque leurs auteurs ou influences le sont.

1973 Strange Tales Volume I #169-188

Quatre ans après l’arrêt du titre Dr. Strange qui avait repris la numérotation de Strange Tales, ce dernier reprend comme si de rien n’était au #169 en commençant fort avec la première apparition d’un certain mystique : le héros haïtien Brother Voodoo (Frère Vaudou en VF) par Len Wein à l’écrit et Gene Colan (encore lui !) au dessin. Tout comme Marvel Feature ou Marvel Premiere, il s’agit d’un titre qui met un personnage Marvel sous les projecteurs pour un lapse de temps variant d’un mois à plusieurs années. Brother Voodoo part donc après quelques numéros continuer ses aventures dans le magazine noir et blanc grand format Tales of the Zombie #6, toujours par Colan. Il sera remplacé tour à tour par divers personnages dont Golem et Adam Warlock, sous la plume de Jim Starlin qui continue de forger sa légende cosmique menant au Gant du Pouvoir et bien entendu Thanos. Nous nous égarons… Ce qui nous intéresse c’est que Stephen Strange revient dans les pages du magazine qui lui a donné la vie au #182  mais il ne s’agit là que de réimpressions d’histoires commençant par celles du #123 et #124 en un seul numéro (puisque les premières histoires ne faisaient que dix pages ou moins) et ainsi de suite jusqu’à l’arrêt du titre au #188. Donc du Ditko pour ceux qui avaient raté dix ans auparavant ou étaient trop jeunes.

1974 Doctor Strange Volume II #1-81

Forts de leur succès, Englehart et Brunner enchaînent sur une série mensuelle portant le nom du chirurgien devenu sorcier qui est vraiment la continuation des aventures suivies dans Marvel Premiere. Et après cinq numéros, Brunner cède la place pour le retour de Gene Colan en tant qu’artiste pour une douzaine de numéros dont le #14 qui est un cross over avec Tomb of Dracula que Colan dessinait également (Et ouais ! à l’époque, les artistes assuraient grave et deux titres n’étaient pas inhabituels). Marv Wolfman débarque au #19 après le départ soudain d’Englehart et Colan (qui reviendra de façon sporadique sur la série) au milieu d’un arc d’histoire impliquant Benjamin Franklin qui finit par s’attraper Clea. Suite à quelques fill-ins, dont Dan Adkins, Jim Starlin re-débarque au #21, d’abord en tant qu’artiste, puis scénariste !

Roger Stern débarque au #27 pour une dizaine de numéros et, dans le #30, dessiné par Tom Sutton, il nous présente The Dweller in the Darkness (uniquement mentionné en tant que tel jusque là dans Thor #229) et dont le nom est un alias de Nyarlathotep, une divinité tirée du Mythe de Cthulhu par H.P. Lovecraft dont le pseudonyme utilisé dans l’univers Marvel fut inventé par August Derleth dans Weird Tales en novembre 1944 (traduit par « L’Habitant de l’ombre » en VF lors de sa première publication en 1975). Derleth avait publié en 1976 (soit deux ans auparavant) un recueil qui porte le titre de « The Dwellers in the Darkness » contenant des nouvelles par Derleth dont certaines contribuant au Mythe de Cthulhu et publié chez Arkham House, la maison d’édition publiant H.P. Lovecraft.

Il est cependant important de noter que Nyarlathotep était déjà apparu chez Marvel sous son propre nom dans Journey Into Mystery volume II #4 et #5 (respectivement dessinés par Gene Colan et Rich Buckler) qui adaptaient successivement « The Haunter in the Dark » (Celui qui hantait les ténèbres en VF) de Lovecraft et « The Shadows From the Steeple » (L’Ombre du clocher en VF) de Robert Bloch (également contributeur à Weird Tales et auteur de Psychose adapté au grand écran par Alfred Hitchcock). Ces deux histoires continuent une première qui fut aussi écrite par Robert Bloch et publiée en 1935, « The Shambler from the Stars » (Le Rôdeur des étoiles en VF) qui fut adaptée dans Journey Into Mystery volume II #3 avec des dessins de Starlin. Cette petite trilogie (adaptée en comics via scénarios de Ron Goulart) était un jeu de ping-pong littéraire entre Howard et Bloch qui allèrent jusqu’à s’inclure eux-mêmes dans leurs histoires de façon évidente (les personnages sont Robert Blake et Howard Philips).

Suivi au #38 de Chris Claremont qui multitask aussi bien sur des bouquins de mutants que sur celui du docteur jusqu’au #45. Stern re-débarque au #47. Après cela, la série devait se faire avec Frank Miller au dessin et des pubs sont publiées en grandes pompes et tout… …mais finalement pas. Miller les plante temporairement pour un gros projet : l’adaptation de Rien Que Pour Vos Yeux (le douzième James Bond) mais ça traîne et finit par terminer entre les mains d’Howard Chaykin. Miller est ensuite occupé sur Daredevil dont il devient également scénariste avec le succès retentissant qui s’ensuit.

Enter Marshall Rogers au #48 et les fans de l’univers Marvel en ont pour leur argent aussi car ça commence avec une voyage dans le temps impliquant les Quatre Fantastiques et Rama-Tut (futur Kang et Immortus), s’insérant donc dans une des premières histoires du tandem Lee/Kirby. Rogers dépeint (et aussi Tom Sutton, Alan Kupperberg, Kerry Gammill, Brent Anderson, Paul Smith, Michael Golden, Kevin Nowlan, Dan Green, Steve Leialoha, Bret Blevins, Sal Buscema et Gene Colan) ce qui est certainement le run le plus orienté action/aventure jusqu’ici et qui se concentre sur Doctor Strange l’homme.

Stern et Rogers commencent très fort en concoctant une aventure avec Brother Voodoo. On sent l’influence de Ditko dans la direction artistique et Stern donne le retour aux sources remis au goût du jour sans jamais basculer dans la trahison. Clea quitte le Docteur pour rejoindre la rébellion dans la Dimension Noire contre les forces d’Umar, sœur du redoutable Dormammu. Le summum du geekgasme y est l’arc d’histoire révélant la présence du Darkhold (cité précédemment) et plus précisément la formule Montessi qui permet la destruction totale des vampires à travers le monde, confrontant ainsi notre mystique favori au maître incontesté des vampires une deuxième fois et fournissant un troisième acte à Tomb of Dracula. Après la fin au #81, Stern reviendra quelques années plus tard pour marquer la plus célèbre histoire courte du docteur. On y reviendra un peu plus loin. Tout ceci sans compter l’ascension de Clea en tant que Maîtresse de la Dimension Noire et la Skywalkeresque révélation : sa mère n’est nulle autre qu’Umar. Stern ramène Topaz dans son dernier numéro, le #75, une transfuge de Werewolf By Night, qui deviendra la disciple de Strange. Débarque Rintrah, minotaure vert qui deviendra lui aussi un nouveau disciple du Sorcier Suprême. Mais les bonnes choses ont une fin et on plie bagage en 1986. Probablement le meilleur run de Doctor Strange, hors période Ditko, cela va sans dire.

1986 Doctor Strange Shamballa

J.M. DeMatteis et Dan Green ont conçu l’histoire de ce graphic novel ensemble. Le premier a fait les textes et le deuxième le dessin. Avant que DeMatteis ne termine sur Dr. Fate, il se fit la main sur cet impressionnant graphic novel qui tartine un peu une quête mystique mais qui reste un bel exemple d’interprétation plus « intello » (années 80) d’un personnage mainstream de comics considéré comme n’étant que du PAF! BANG! et du spandex.

1987 Strange Tales Volume II #1-19  

Le bon docteur redevient co-locataire dans les pages de ce magazine avec Cloak & Dagger (La Cape & l’Epée en VF) par Peter Gillis au scénario avec au dessin successivement Chris Warner, Terry Shoemaker et Richard Case. Pale copie du Volume II de Doctor Strange avec de temps à autres du fan service pour les vieux fans. Bof. C’est mou et pleurnichard. Après avoir tenté de relooker le docteur avec un bandeau sur l’œil (c’était la mode, Wolverine en avait aussi lorsqu’il traînait à Madripoor dans sa propre série), la série s’arrête en 1988 avec le #19 contenant une incursion d’une créature venant de R’Lyeh, ville apparaissant dans l’histoire « The Call of Cthulhu » (l’Appel de Cthulhu) par Lovecraft publiée dans Weird Tales en février 1928.

1988 Doctor Strange Volume III Sorcerer Supreme #1-90

Comme avec le premier Strange Tales, l’équipe créative enchaîne sur la série titre du Doc et donc Peter Gillis et Richard Case s’y collent pendant trois numéros. Roy Thomas : round 3. Thomas se la joue classique et devient le scénariste le plus prolifique du docteur. Années 90 obligent, il y a une pléiade de guest stars (Wolverine, Spider-Man, Ghost Rider) mais il s’agit d’un retour aux sources du personnage se concentrant sur la magie ainsi que l’épouvante en y incluant ses différents intervenants de l’univers Marvel : le Baron Mordo, Mephisto, Satannish, le Super Bouffon, le Fléau ET le retour des vampires. Ainsi que des défunts Defenders/Dragon Circle ressuscités par le Vishanti dans le #3. Ceci marquera la création des Midnight Sons, uné équipe de guerriers liés à la magie défendant le monde contre les attaques de forces occultes, dont Morbius, Ghost Rider et l’obsessionnel chasseur de vampires : Blade. La partie artistique étant amorcée par Jackson Guice (qui en avait marre de se faire appeler Butch) puis suivi par les sieurs Dan Adkins, Tom Palmer, Jim Valentino, Chris Marrinan, Tony DeZuniga, Dan Lawlis, Geof Isherwood, Frank Lopez pour n’en citer que quelques-uns. Pour échapper à une morue qui se révèle être une ancienne détentrice du titre de Sorcier Suprême, le Doc cède son titre et se séparera même en trois identités différentes dont Vincent Stephens, un businessman impitoyable et Strange un être de magie pure qui évoque la période spandex du Doc par Colan. Attention : la première partie de ce titre (celle faite par Thomas) est honorable mais ça part en couilles de façon spectaculaire au milieu de l’arc des Midnight Sons. Imaginez ce qu’Image Comics avait de pire à nous proposer et retirez mentalement le côté « fun 90s » qui aurait pu justifier des écarts douteux. Sans compter les diverses métamorphoses, djeunz, hippie, Neil Gaiman avec un manteau rouge, goth qui potentiellement sniffe du trichlo au Père-Lachaise et j’en passe. Il est à noter qu’Amy Grant, chanteuse à la gloire de l’Église Chrétienne des Disciples du Christ (et assez inconnue en Europe, comme tout le délire « Christian Rock »), traîne en justice Marvel car une reproduction de son visage apparait en couverture du #15 qui est le deuxième volet des « Versets Vampiriques ». La plainte se basait sur la notion que l’apparition sur la couverture faisait qu’elle validait le magazine illustré. Or, le milieu professionnel de la Musique chrétienne contemporaine, ainsi que les fans de cette industrie délicieuse, estiment que tout intérêt porté à la magie, sorcellerie, l’occulte etc. est contraire aux croyances de toutes ces bonnes gens et souillerait donc la réputation de Grant ainsi que sa bonne foi.

1989 Doctor Strange & Doctor Doom : Triumph and Torment

Graphic Novel. Dessiné par le p’tit jeune de l’époque, Mike Mignola, avant qu’il nous ponde Hellboy ou ne fasse les character design d’Atlantis pour Disney. Roger Stern, quant à lui,  complète une de ses intrigues secondaires et revient pour un bref mais inoubliable passage qui fait de lui LE scénariste de Dr. Strange. Il faut le lire pour le croire.

Strange est soudain convoqué à un rassemblement qui s’avère être un tournoi de sorcellerie et, bizarrement, Doom/Victor Von Fatalis (comme on dit en français) est de la partie. Après que le monarque de Latverie a éteint l’arsenal de combat de son armure, le combat fait rage et le Docteur Strange rappelle à tous qu’il assure grave, faisant passer les autres mystiques pour les clodos du coin. Le tout avec humilité et classe. Mais seulement voilà : il est clairement stipulé dans le règlement foireux de cette guerre fratricide que le gagnant prend le concurrent arrivé en deuxième position comme élève et, surpriiiiise, c’est le gentil monsieur d’Europe de l’Est (qui est un peu présent partout dans cet article d’ailleurs).  Au lieu de pointer son front du doigt et dire « Hé ! Mais vous croyez qu’il y a marqué Poudlard, là ?!? », Strange accepte sa tache et prend ses responsabilités. Bah oui, bien sûr. Après tout, qu’est-ce qui peut foirer ? C’est pas comme si le gars était un dangereux dictateur psychopathe mégalomane récidiviste obsédé par la conquête mondiale ET la destruction des Quatre Fantastiques, surtout le vile Reed Richards dont l’intellect est CLAIREMENT inferieur à celui de Doom. Car Nul ne rivalise avec Doom ! Nul n’égale Doom ! Doom est suprême ! PROSTERNEZ VOUS DEVANT DOOM !!! Bonne idée. Donnons-lui des Armes de Destruction Mystique.  Cependant Strange a donné sa parole et accepte la responsabilité de celui qui a brûlé les étapes et est passé directement d’Annakin Skywalker à Dark Vador. Mais Doom veut surtout une chose : sauver sa sorcière de mère des griffes de Mephisto en faisant une incursion en Enfer. Strange pose à Doom une question légitime : pourquoi ne pas lui avoir tout simplement demandé au lieu d’attendre toutes ces années et de se soumettre à un tournoi ? Ce à quoi Doom répond après une pause « Je supporterai n’importe quel calvaire, Strange… Mais le Docteur Fatalis ne quémande pas. Bonne nuit. ». Stern nous plonge dans un récit sombre considéré encore comme une œuvre incontournable et l’essence des personnages est parfaitement capturée. Aussi bien  le calme olympien de Strange que son empathie extrême face à un homme qui fait passer Vladimir Poutine pour un bobo étudiant en histoire de l’art. Quant à Doom, il est raccord : brillant, noble, mégalo, complètement facho et prompt à hurler « Maudit sois-tu, Reed Richards !!! » à pleins poumons chaque fois qu’il renverse son cornet de glace Karamel Sutra de chez Ben & Jerry’s (commerce équitable oblige).

1992 Spider-Man Doctor Strange The Way To Dusty Death

Roy Thomas : round 4. Gerry Conway et Roy Thomas se sont mis à deux pour pondre l’histoire maladroitement illustré par Michael Bair et c’est à Thomas qu’incombe la faute des dialogues. Une tentative de continuation d’un vieux Marvel Team-up, bien à l’ancienne, avec le duo Strange/Spider-Man combattant celui qui les a réunis au début de leurs carrières : Xandu. Ç’aurait pu être fun mais la mayonnaise ne prend pas. Dommage.

1994 Strange Tales featuring Thing, Doctor Strange, Human Torch

Kurt Busiek écrit cette tentative de capitalisation sur la vague de comics peint du début des années 90 en tentant aussi de donner dans le rétro en ramenant Orrgo, un monstre extra-terrestre de Jack Kirby créé dans Strange Tales Volume I #90. Le Doc, la Chose et la Torche Humaine l’affrontent dans ce très mauvais bouquin. Même en solde, fuyez.

Suite à la fin de la série mensuelle Doctor Strange Sorcerer Supreme en 1996, il faudra attendre dix-neuf ans avant d’avoir une série régulière. Mais, par contre, les miniséries, one-shots et graphic novels s’accumulent. Tout ceci sans compter ses multiples apparitions dans les pages de ses collègues de chez Marvel. Notamment Amazing Spider-Man Volume II #46 par J. Michael Straczynski où le Doc mentionne qu’il a rendez-vous avec la Mort dans une mini-série s’appelant The Other Side of Darkness qui n’est pas encore publiée au moment où Strange y fait référence. La mini-série ne sort jamais mais le titre sera recyclé pour la deuxième partie de « One More Day » qui provoquera le départ de JMS du titre. Ce dernier se contentera d’un reboot des origines en 2006 qui sera ignoré dans la continuité.

1997 What Is It That Disturbs You, Stephen?

Graphic Novel. P.Craig Russel fait son propre remake. Il s’agit d’une histoire qu’il avait conçue et dessinée en 1976 pour Doctor Strange King-Size Annual #1 de Doctor Strange Volume II. Si Marv Wolfman faisait les dialogues dans les années 70, là c’est Marc Andreyko (Torso avec Brian Michael Bendis, Wonder Woman ‘77) qui s’y colle et Russel se lâche en nous donnant un « director’s cut » avec son style qui s’installe entre le psychédélique et le conte de fée. Notons dans la version moderne que l’antagoniste ainsi que la cité mystique sont renommées. Lectra se transforme en Electra et la ville Allandra devient donc Ditkopolis en hommage au créateur du Sorcier Supreme.

1999 Doctor Strange Flight of Bones

Le scénariste Dan Jolley ramène l’épouvante dans les pages du bon docteur avec l’aide de Tony Harris (frais de son départ de Starman) et ils nous narrent le retour de Topaz et de Dormammu. Le ton y est sombre jusqu’au point de rendre le costume de notre héros d’un bleu foncé qui se confond avec l’obscurité. Pas désagréable mais très facilement oubliable.

2006 Strange

Michael Straczynski et Samm Barnes abandonnent Babylon 5 temporairement et réécrivent la genèse du personnage dans ce qui aurait pu être une version Ultimate. Dormammu est le pote de Strange, Wong un enfant qu’il a sauvé, l’Ancient fait de l’humour, le tout avec une Clea en femme plus « street » et humaine. Ça sera copieusement oublié malgré de superbes pages de Brandon Peterson et une tentative de relooking Pimp (bien que visuellement similaire à certains numéros de Doctor Strange Volume III) : cape rouge devient manteau rouge quant à la tunique bleue, elle est remplacée par une chemise blanche avec un veston rouge. Il n’y a plus qu’à mettre Clea sur le trottoir et en faire une « gagneuse ». Look qui sera repris dans une version animée en 2007 qui sera Nommée Doctor Strange : Sorcerer Supreme. La mini-série sortira en recueil sous le nom Strange : Beginnings & Endings.

2006 Doctor Strange : the Oath

Brian K. Vaughn et Marcos Martin tentent de se définir en tant que l’équipe créative moderne du docteur mais ça reste gentillet. Ils essayent d’ancrer le personnage dans le contemporain sans perdre de vue ses tendances métaphysiques et en lui balançant une bonne dose de réalité dans la tronche. Wong a un cancer du cerveau, Strange se tape la Night Nurse et le costume est révisé de façon « plus réaliste » : la tunique bleue devient une veste bleue, la ceinture gicle et le collant noir est remplacé par un pantalon noir avec des chaussures noires. Résultat : on s’en branle, pas de suite. Le costume passe à la trappe.

2010 Strange

Mark Waid prouve, en écrivant cette mini-série « young adult » qui tire sur Buffy, que tout le monde n’est pas Joss Whedon. Concernant les dessins d’Emma Rios, on nage dans un style qui est un mélange indigeste de rigolo/choupi/girly/faux manga. On y trouve le retour d’Isaiah Curwin, Silver Dagger (Dague d’Argent chez Artima), qu’on n’avait pas vu depuis plusieurs décennies chez Marvel. Le personnage fan de baseball, mystérieux mais fun, de Strange présent dans cette bd n’a rien de commun avec les différentes versions observées jusqu’ici. Il partage la vedette avec Casey qui est une sorte de Daria (lunettes inclues) qui se retrouve happée dans le monde de la magie. Elle termine perdue, on la retrouve et ensuite on l’oublie. Tout comme cette mini-série, ne vous fiez pas aux couvertures.

2010 The Mystic Hands of Doctor Strange

One shot. 48 pages, noir et blanc, 3 histoires. Marvel tente de recapturer sa gloire des années 70 en mettant sur le marché une émulation des grands magazines de l’époque, Dracula Lives, Deadly Hands of Kung Fu, Savage Sword of Conan, Monsters Unleashed, Vampire Tales etc.

On y trouve les talents de Kieron Gillen/Frazer Irwin, Peter Milligan/Frank Brunner, Ted McKeever et pourtant… Anecdotique.

2011 Doctor Strange One-Shot

Roger Stern de retour à l’écrit et Neil Vokes aux dessins. La couverture très moderne contraste avec le contenu qui est très retro et traite d’une histoire ayant lieu au début de la carrière de Stephen Strange en tant que Maître des Arts Mystiques. Il y a d’ailleurs une erreur de continuité car il a l’œil d’Agamotto au lieu de son ancienne amulette mais encore sa vieille Cape de Lévitation bleue. Or l’Ancien lui a passé les deux en même temps dans Strange Tales #127. Cependant un détail reste amusant : Stephen Strange se promène en américain lambda puis devient asiatique quand il revêt son costume. Même sa moustache change d’apparence !

2012 Doctor Strange Season One

ENCORE une nouvelle interprétation de son origine. Greg Pak jette l’origine de Strange Tales à la poubelle, fait son Director’s Cut et tente d’être drôle mais veut que ça fasse aventurier. Le tout avec un changement de style d’Emma Rios qui lâche le global manga et fait de son mieux pour imiter Paul Pope. Politiquement correct oblige : finalement Wong ne serait pas un larbin mais un disciple bagarreur de l’Ancien. Et tout le monde rigole à la fin comme un épisode de Scoubidou. Passez votre chemin. Allez plier vos chaussettes, ça sera plus intéressant.

Comme précisé durant le paragraphe sur Strange Tales, le Docteur Stephen Strange n’apparaît pas uniquement dans les pages de son propre titre. Que nenni. Il est là à quasi toutes les incarnations des Defenders et apparaît en guest star ou fait équipe avec une liste exhaustive de héros Marvel. Notons l’essentiel, déjà que mon Rédacteur En Chef vénéré doit saigner des yeux vu la longueur de cet article…

Marvel Fanfare

Il est à noter que dans les apparitions One-Shots consacrées à Doctor Strange, le magazine auto décrété « Haute Gamme » Marvel Fanfare a quelques pièces de choix. Marvel Fanfare se vantait de mettre en avant le meilleur de l’inédit Marvel, coûtait le double du prix habituel, était bimestriel, bénéficiait d’un papier de meilleure qualité, faisait trente-six pages sans pubs (soit quatorze de plus qu’à l’habitude) et les créateurs étaient payés 50% en plus de leurs tarifs habituels. Bref : plus cher mais du beau magazine pour les années 80 où habituellement c’était blindé de pubs et les pages étaient du papier journal. Quelques numéros sont consacrés au Docteur par des artistes de renommée. Chris Claremont et Marshall Rogers s’occupent du #5 dans une histoire potentiellement réalisée des années avant le passage de Rogers sur Doctor Strange. Strange, Scarlet Witch et Spider-Man affrontent Xandu par Sandy Plunkett pendant que Charles Vess illustre magnifiquement un back-up sur un jeune mage qui défit Strange pour son titre de Sorcier Suprême dans le #6. Carmine Infantino signe le #8. Jim Starlin s’occupe d’une histoire s’étalant sur les deux numéros #20 et #21 qui implique Hulk et la Chose. Back up de Mark Wheatley dans le#31.  Et Dave Gibbons signe un impressionnant #41 scénarisé par Walt Simonson.

Parce qu’être des manipulateurs peut partir d’un bon sentiment, Strange fonde une société secrète avec ses petits potes représentant chacun une facette de la communauté des super héros de l’univers Marvel suite à une tentative d’invasion par les Skrulls qui les amène à se rendre compte que, chacun dans leur coin, ils sont trop vulnérables. Flèche Noire pour les Inhumains, Professeur X pour les mutants, Namor pour les atlantes, Mr. Fantastic pour les humains avec superpouvoirs ainsi que l’aspect purement scientifique, le tout chapoté par Tony Stark qui à l’époque avait encore une identité secrète. Ils appellent ça les Illuminatti. Les réunions sporadiques du groupe (qui s’étendent sur des années) donnèrent quelques conneries comme notamment Civil War (suite au Superhuman Registration Act auquel il s’opposa) et mena à World War Hulk.

On a cité les Defenders mais le bougre s’est allié de nombreuses fois avec les Vengeurs et les rejoint après leur avoir offert sanctuaire quand l’équipe devint hors-la-loi. Stephen restera donc avec l’équipe pendant plusieurs années durant lesquelles il livrera combat avec eux contre Hulk dans une arène à Madison Square Garden et The Hood (qui détenait ses pouvoirs de Dormammu) ainsi que son armée de supervillains en faisant appel à des pouvoirs interdits. Il passa en août 2009 le titre de Sorcier Suprême (ainsi que sa Cape de Lévitation et l’Œil d’Agamotto) à Brother Voodoo. Rien d’original il avait perdu et récupéré le titre plusieurs fois mais cette fois il a choisi un héritier. Ce dernier devient alors Doctor Voodoo ce qui est pourrave car Jericho Drumm a toujours été toubib et être Sorcier Suprême ne change rien. On ne disait pas « Docteur Ancien », hein ? Strange fait aussi une apparition foireuse dans le décevantissime Doctor Voodoo de Rick Remender (heureusement arrêté après cinq numéros) où le Doc sert d’Obi-Wan bon marché. Scandale. Peu importe car Agamotto perd la tête, quitte la trinité du Vishanti et tente de récupérer l’Œil portant son nom.  Doctor Voodoo vainc Agamotto en utilisant l’Œil mais l’artefact est détruit dans la bataille, tuant Voodoo dans le processus. L’Ancien réapparait en 2013 et lui re-confère l’Œil d’Agamotto, la Cape de Lévitation ainsi que son titre. Bref, la totale.

Infinity & Co puis Secret Wars

Il est rappelé à un conseil des Illuminati car une catastrophe interdimensionnelle met en péril l’univers quand une autre réalité menace de la heurter dans le même espace. Suite à une avalanche d’emmerdes, dont le fait d’invoquer Shuma-Gorath en plein New-York, de vendre son âme pour récupérer plus de puissance, il quitte l’univers Marvel classique (la réalité 616) et est confronté à Doctor Doom qui a devancé tout le monde en concevant un plan pour sauver les multiples réalités. Le mégalomane en armure amène Strange avec lui pour faire face aux Beyonders et a la ferme intention d’utiliser les différents Molecule Men (Hommes Molécule en VF, je sais c’est chiant) qu’il a capturé dans différentes réalités. Molecule Man, à toi de jouer ! Pardon… Après les avoir trucidés les uns après les autres pour siphonner et catalyser leur pouvoir via l’Homme Molécule de la réalité 616, il détruit les Beyonders avec comme dommage collatéral la destruction aussi de milliers d’univers hormis une douzaine. Puis après la rencontre des univers 616 et 1610 (l’univers Ultimate), Doom sauve ce qu’il peut en créant un monde mosaique à partir de vestiges de plusieurs réalités grâce à puissance dérobée aux Beyonders. Fidèle à lui-même, Doom s’établit en tant que seigneur et maître de la planète baptisée Battleworld sur laquelle il règne avec une main de fer avec Doctor Strange en tant que sheriff et bras droit. En gros, Strange devient le premier ministre de Doom qui s’est établi en tant que Tsar. À vie. Ce qui est très long si l’on est immortel. Strange récupère au bout de quelques années un vaisseau scellé d’origine inconnue et il le cache sur l’Île d’Agamotto, son sanctuaire personnel dans un monde où tout le monde a été purgé de la mémoire des précédents mondes par Doom et Strange. Mais quand un autre vaisseau surgit encore des années plus tard et se révèle être une sorte de canot de sauvetage dimensionnel contenant des survivants de la réalité 1610, Strange ouvre celui qu’il a caché auparavant qui s’avère être l’équivalant du deuxième pour la réalité 616. Ses héros réveillés, Strange les mène en guerre contre le tyran qu’il a aidé à mettre en place et périt des mains de Doom lorsque le Doc accuse Doom d’avoir peur de Reed Richards. Foutaises. Méprisable faiseur de passe-passe ! Comment oser accuser son monarque d’être intimidé face à l’ignoble Richards ?!? PROSTERNE-TOI, VILE REBOUTEUX !!! …pardon…

Le reste est très classique : Richards (maudit sois-tu) retourne le pouvoir contre Doom, rebâtit les différents univers, ressuscite Strange et lui efface la mémoire. Le quelque peu rajeuni Stephen Vincent Strange peut donc reprendre du service comme si de rien était. Ce qui nous mène à…

2015 Doctor Strange Volume IV

La drogue, c’est mal. Jason Aaron et Chris Bachalo entament une marche à la gloire qui sera acclamée par tous et est considérée aussi comme un must du comic book contemporain grâce à ses innovations scénaristiques (exemple : la déshumanisation physique du docteur, suite à son exposition aux forces occultes, résultant au fait d’être incapable de se nourrir de véritable cuisine car son corps rejette toutes choses non-magiques), le dessin de Bachalo qui transforme chaque page en véritable fresque et le tout est cimenté par la participation fugace du classiquissime Kevin Nowlan via back-ups et autres fill-in, histoire de récupérer des fans old school. Le premier arc s’appelle « The Way of The Weird ». Succès. Le principe suit celui d’un jeu vidéo d’aventure typique : le personnage était balèze mais perd toutes ses capacités et comme tout bon jeu, on se tape un tutorial. Donc on récupère de la puissance petit à petit, on apprend des nouveaux coups spéciaux et on se fait emmerder par des clodos qu’on évaporerait en appuyant sur « X » si on était à la fin dudit jeu. Classique et qui a fait ses preuves. Le souci est que je m’attendais à lire les aventures du Docteur Strange et que finalement je constate que le moustachu en question n’a plus les tempes grises, drague tout ce qui bouge, se trimbale avec une hache, fait de l’humour et s’exprime en argot. Les pages de Bachalo sont effectivement belles mais relèvent plus du design graphique très tendance provoquant des crises d’épilepsie plutôt que de la narration dessinée (souvenez-vous de Steampunk chez Cliffhanger/Wildstorm). Bref. Ça innove si on n’a rien lu en comics, mais c’est du réchauffé si on en a lu trois et demi. Il est djeunz, destroy et fait des blagues pour un potentiel reboot de Buffy. Il ne lui manque plus que de manger bio, acheter des produits issus du commerce équitable et traîner en terrasse de café avec des lunettes de soleil quand il y a deux rayons qui percent les nuages. Ils auraient pu appeler ça « Aide Soignant Strange : The Way Of The Weird ».

Depuis une multitude de one-shots et mini-séries ont commencé mais je ne m’y suis pas attardé car grand nombre ne sont pas finies. Cela dit, vous avez amplement de quoi faire avec ce qui est cité !

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